Amnésie parentale

Anne-Isabelle Généreux Vie de maman

 

Crédit : Anne-Isabelle Généreux

Entre deux rangées d’épicerie avec mon fils de 18 mois, des capteurs invisibles situés dans le cerveau du petit wise détectent les biscuits aux Chipits déposés dans le carrosse. « JE VEUX UN SCUITS!!!! », hurla-t-il tel un chanteur d’heavy métal qui pousse sa dernière note à vie. Parents calmes et détendus refusent sa demande et proposent plutôt un choix de collation plus santé (good job, quand même!). Et là, c’est ici que ça dégénère. Il crie, il pleure, se tortille. Pas moyen de continuer les courses.

 

Je raconte cette première crise de simili bacon (je sais, y’a pire) à mes parents et je leur demande, par curiosité (mais surtout pour me faire rassurer), s’il nous arrivait de faire des crises étant petits. Je viens d’une famille de trois, il y en avait sûrement un sur le trio qui avait déjà fait vibrer le plancher. Ben non toi! Selon mes parents, nous étions trois petits anges, pas criards, dociles et qualifiés d’enfants « pas difficiles ». Jamais? Ce n’est jamais arrivé? Ils affirment que si c’est déjà survenu, ils n’en ont pas le souvenir. BOUM! Verdict : amnésie parentale.

 

L’amnésie parentale se définit comme suit : c’est la perte de mémoire partielle ou quasi totale d’un parent face à certaines phases du développement de son enfant. Elle débute généralement dès que le petit bâton de pipi vous annonce votre nouveau statut et se termine lorsque votre cerveau s’éteint. Les pertes de mémoire sont naturelles et même si elles sont parfois troublantes, il est sûrement plus sage d’en souffrir.

 

Au début, j’étais convaincue que c’était un symptôme de vieillesse ou de « grand-parentalisme ». C’est ce que je croyais, jusqu’au moment où j’ai accouché de ma deuxième et que j’avais oublié qu’il fallait lui faire faire son rot après le boire. Ça ne faisait pas plus de 18 mois que j’avais accouché du premier et j’avais déjà oublié ce détail. Même les images des premiers pas de mon garçon sont embrouillées dans ma tête. Et avouez que l’heure à laquelle votre bébé est né était une information sacrée jusqu’au moment ou quelqu’un vous pose la question et que, soudainement, vous avez un blanc (20h18 ou 20h28?!).

 

Dans cette perspective et à la vitesse à laquelle la vie court, c’est déstabilisant, voire même épeurant, de prendre conscience de ce formatage du disque dur interne de notre cerveau. De voir s’envoler en poussières ces moments qui furent si marquants à l’instant où on les vivait, c’est peinant. D’un autre côté, la vie est bien faite. Ça ne fait pas deux minutes qu’on vient d’accoucher qu’on ne se souvient déjà plus de la douleur des contractions. Tout comme on oubliera bien vite les crises de colère de nos guerriers de 2 ans, le plancher collant, les dimanches à tousser en famille et les crottes de nez séchées sur le divan. Magie, magie!

 

Pour mettre un peu de baume sur cette fatalité « neurocognitive », j’aime penser que la vie nous dit ceci : « dans l’espace temps où tu te trouves, profite. Ce qui se passait hier, de beau ou de moins beau, fait partie de ton histoire. Maintenant, il faut tourner la page, vivre le moment présent et contempler le futur. Tu dois laisser place à d’autres magnifiques moments, car je te garantis qu’il y en aura une panoplie, si tu me fais confiance».

 

Un jour, mes enfants auront peut-être aussi des enfants. Je leur souhaite. Et viendra ces moments où ils me poseront des tonnes de questions dont je n’aurai pas toujours la réponse. J’aurai oublié en partie, car j’aurai profité de la panoplie. #Dalaimama


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