Attache ta tuque!

Andrée-Anne Chassé Vie de maman

Crédit : Pexels

 

On jase là.

 

Suis-je la seule à vivre un moment d'angoisse sévère lorsque j’embarque les enfants dans l'auto ? Là, tu te dis : « Mais pourquoi? ». Parce que je sais très bien que ça va être le déclenchement de la troisième guerre mondiale. Tsé genre, je devrai affronter l'ennemi (lire ici "les enfants") afin d'éviter mon propre décès (ou le leur) et chacune des attaques (genre le lancer du gobelet, de la bottine ou de tout autre objet qui, à premiere vue, pourrait sembler inoffensif) venant du parti adverse devra être esquivée sous peine d'accident de la route. Tu vois, tout à l'heure, j'ai reçu le coin d'un livre en pleine arcade sourcilière. Au même moment, j'ai dû lutter pour ne pas donner un char de couches (pleines) à l'automobiliste visiblement non parent derrière moi qui venait de me klaxonner à peine une seconde après le passage du feu du rouge au vert. HEY. Tu attends pis tu te calmes le criard ou je te fais avaler le livre de Caillou qui vient de me défigurer.

 

Je fouille à bout de bras dans mon sac et j'y déniche une suce. Bon, c'est pas l'best, j’en conviens, mais elle va au moins cesser les hostilités. Bordel. Je n'avais pas pensé qu'en lui mettant une suce, elle se dirait que le gobelet et le concombre que je lui avais préparés pour acheter la paix pendant le trajet allaient désormais lui être d'aucune utilité. Elle les lance donc un par un vers son frère qui, assis à ses côtés, reçois le tout tel Rafael Nadal en plein  Grand Chelem;  le gobelet se tape un solide ricochet directement au plafond et termine son embardée sur ma tête. Le concombre, lui, vient se loger sous mon pied qui appui sur l'accélérateur. Tsé quand t'as les deux pieds dans la merde. Les enfants trouvent ça drôle. J'hésite entre me diriger vers l'hôpital le plus près (au département psychiatrie) ou aller à la maison entamer le 5 à 7, qui, comme à l'habitude, sera très certainement brutal. Rose décide que ce serait le bon moment de faire ses vocalises. Elle est si délicate qu'elle sonne aussi doux qu'un Eric Lapointe déchaîné en pleine finale de Loadé comme un gun.

 

Mon grand fait pareil. Rose veut de l'eau. Ben oui, tu m'étonnes. Je lui rends son gobelet à contrecœur et j'attends la prochaine attaque. À la lumière rouge, je constate que ma petite fleur chargée d’épines a vidé son gobelet d'eau sur ses jambes, qu'elle a enlevé ses bottes et que, avant que j'aie le temps de réagir (parce que je conduis, remember?), elle en lance une au visage de son frère. Il se met à hurler. La botte est arrivée si vite quil n'a pas eu le temps de fermer l'œil pour se protéger.

 

Là, tout de suite, j'allumerais un cierge et je confesserais absolument chaque écart de conduite pour qu'on m'explique ce que je suis supposée comprendre ou apprendre dans tout ça. La patience? Non. Ou peut-être que oui, dans le fond. J'ai compris que la patience a ses limites. Je décide de m'arrêter dès que je le peux. Voilà. Je me stationne rapidement et couche ma tête sur le volant en guise de retraite. Bizarrement, le party pogne solide en arrière. Le studio 54 est en direct de la banquette arrière pis j'la pogne pas. Jusqu'à ce que je lève la tête et que j'aperçoive la Lumière Divine. Le Divin, dans ce cas-ci, est grand, tout jaune et en forme de "M". Je lutte contre ma conscience qui me dit que si je flanche, les enfants vont comprendre que lorsqu’ils me font la guerre, ils finissent avec un paquet de frites entre les mains. La conscience a raison, mais comme ma santé mentale n'est pas à négliger, je m'enfile dans l'allée du service à l'auto pis je commande deux repas enfants et un McFlurry Oreo, que j’ai la ferme intention de manger en cachette. Je leur dépose leur butin sur la banquette arrière et je leur donne le feu vert. On appelle ça la survie. J’aurais fait une foutue bonne Jeannette.

 

C'est donc en silence et avec une sensation de victoire des deux partis que nous avons fait le sixième et dernier kilomètre qui sépare la garderie de la maison.            

 

A-A.


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