Je ne t'oublie pas

Andrée-Anne Chassé Vie de maman

Crédit : Pexels

 

Salut papa. Ça fait un sacré bout que je n'ai pas eu de nouvelles. Trois ans et demi, pour être précise.

Je ne t’en veux pas, tu sais ; tu es parti et cela n’était pas ton choix. Ce n’était pas le mien non plus, d’ailleurs.

 

Depuis, j’ai comme un conflit d’horaire avec le deuil pis ça fait bien mon affaire. J’en cultive une peur presque étouffante et je n’arrive pas à me raisonner. Comme quoi y’a une connexion entre le rationnel et l’émotif qui refuse de fonctionner. Et si le deuil entraînait l’oubli? Le hic, tu vois, c’est que je ne le saurai pas tant que je ne le vivrai pas. Et est-ce qu’un déni volontaire reste tout de même un déni? Tu vois, je ne détiens pas la réponse à ces questions, mais est-ce vraiment nécessaire de toute façon?

 

Il y a tellement de choses que j’aurais voulu te dire, papa. T’ai-je dis  à quel point je t’aime? Je ne réalisais pas alors que la présence de ceux qui nous sont chers n’est ni un bien acquis ni un dû, mais plutôt un privilège. J’étais fière de toi, tu sais… tu avais vaincu ton plus grand démon depuis plus de trois années; ils t’avaient même remis des jetons. Me les as-tu déjà montrés, papa? Tu as refusé de souligner cette victoire avec nous; tu voyais toujours cette faiblesse de ton passé comme un échec de ton présent.

 

Aujourd'hui, mes enfants grandissent sans toi. Oui, mes enfants. Petite Rose tant désirée est née depuis ton départ. Tu l’aimerais tant; son sourire espiègle me fait si souvent penser à toi. Mon grand, lui, a une pensée pour toi encore tous les jours. Je n'ai pas été en mesure de l’accompagner dans son processus de deuil, papa. Je n'arrivais même pas à gérer le mien. Je peine toujours à le faire d'ailleurs. Y a-t-il une date de péremption là-d’sus, le deuil, dis-moi? Parce que tout ça, en dedans, ça commence à faire des p’tits et je ne suis pas certaine d’avoir l’équipement nécessaire en stock pour gérer ça. La fissure au cœur que je traîne depuis ton départ s’est doucement transformée en fracture ouverte et c’est devenu trop douloureux pour que je continue d’ignorer.

 

C’est fou comme trois inoffensives petites lettres mises ensemble peuvent chambouler tout le cours d'une vie. A-V-C. Jamais je n'aurais pensé devoir réécrire mes plans à venir à cause d’une simple petite veine obstruée. Et bien, aujourd'hui papa, je réécris et laisse-moi te dire que cela me fait le plus grand bien. J’ai l'impression que l’aiguille va pouvoir recommencer à tourner.

 

Papa, ce soir, je vais accompagner mes enfants vers le monde des rêves et c’est avec une paix d’esprit et le souvenir de bonheurs vécus que je vais leur souhaiter une visite de ta part. Et qui sait … Demain, je serai peut-être même capable de leur parler de leurs rêves ... et des miens …

 

Je t’aime et ça,

Ça ne meurt pas.

 

AA.


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