Ma douleur à moi

Dominique Fournier Vie de maman

 

Crédit : Pixabay

 

Cancer. C’est le mot qui fait peur, le mot qu’on ne peut pas nommer à voix haute par crainte de voir la foudre se déchainer ou de voir  la malchance et le destin s’abattre sur soi. Un peu comme le mot Voldemort.

 

Mais quand c’est le médecin qui le dit, je l’entends avec de l’écho dans ma tête pendant des heures,  je le reçois en pleine face, comme un bulldozer. Je me questionne sur ce qui va m’arriver, à moi, ma famille, mes enfants, mon travail! Mais je dois rester forte, battante, confiante et solide. Je ne peux pas montrer que j’ai de la peine ou des doutes, des peurs, parce que ce n’est pas moi qui souffre, c’est toi, mon amour, mon mari, mon meilleur ami, mon confident, le père de mes enfants.

 

Les nuits, la face cachée dans l’oreiller à pleurer, je t’écoute respirer en me disant que c’est peut-être une des dernières fois, je regarde ta poitrine et m’imagine voir cet intrus à travers ta peau, être capable de l’enlever simplement avec une pincée des doigts, l’écraser d’une simple pression et le faire disparaître de nos vies.  Je me surprends à ne plus jamais banaliser un simple repas au restaurant, car je ne sais pas s’il y en aura d’autres. Je déteste penser comme ça, mais c’est tout ce qui me vient en tête.  J’ai envie de crier, mais ma voix reste muette.  Et je souffre. En silence

 

En silence parce que je n’ai pas le droit de montrer que je souffre, moi aussi. Ce n’est pas moi qui souffre la douleur de la cicatrice de 8 pouces sur le thorax, le manque d’air, les drains. Ce n’est pas moi qui dois passer tous ces examens et taco à en venir presque radioactif. Ce n’est pas moi qui ai en face de moi la vraie de vraie mort, la faucheuse qui me regarde avec un sourire cynique. Ce n’est pas moi qui souffre réellement.

 

Ma douleur à moi, elle est dans ma tête. Je dois la cacher, car c’est un peu moi dans cette situation, le phare du navire, la bouée de sauvetage, le roc de la falaise. Parce que si je m’écroule, les repères de tout le monde s’écroulent. Et puis je le sentirais comme un gros jugement dans mon entourage ou la communauté : « Non, mais c’est qui celle-là? Utiliser la maladie de son chum pour attirer l’attention sur elle et ses sentiments! Eille fille, y se passe des choses bien plus importantes là! » J’y crois dans mon cœur à cette loi du silence, cette omerta qu’en fait je m’impose moi-même!  Que je vais paraître tellement selfish si je dis que j’ai besoin de parler à mes amies, voir un psy, voir mon doc pour qu’il m’aide à dormir. Car ce n’est pas moi qui souffre pour vrai, c’est toi.

 

Et même aujourd’hui, alors qu’enfin cet épisode de notre vie est derrière nous, que la rémission suit son cours et que les sourires reviennent, je me sens encore beaucoup trop mal d’aborder ma souffrance à moi et de la comparer encore à la tienne. J’aime mieux faire comme si elle n’existait pas et la cacher en dessous du tapis, pour qu’elle y reste. Mais y paraît que c’est ça, qui crée des cancers …  


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  • Lise le

    J’ai perdu ma soeur en l’espace de peu de temps entre le diagnostic et le jour de son grand voyage. De la voir rester forte fesait en sorte que je me devais de demeurer forte pour elle et pour les siens moi aussi. Maintenant qu’elle nous as quitté, il m’arrive parfois de voir remonter à la surface des émotions qui me surprenne. Son départ a créé un si grand vide dans mon coeur et maintenant c’est maman que je supporte en l’écoutant lorsqu’elle a besoin de parler de la perte de son enfant.

  • Chantal le

    Ne pas pleurer, être le fort car on a l’impression que tout va basculer si on ne garde pas le contrôle de nos émotions. C’est tellement cela que j’ai vécu! Moi c’est ma sœur que j’ai perdu en l’espace de peu de temps. On veut être là pour ces enfants qui pleurent, pour le conjoint qui est dévasté, pour notre mère qui enterre sa fille avant elle, pour elle dans ces derniers moments. On se dit qu’elle a besoin de quelqu’un qui l’écoute dans ce qu’elle vit, qu’elle n’a pas a gérer notre peine en plus. Alors on pleure en silence. Merci pour ce texte, ça nous permet de voir que l’on ait tout a fait normal.

  • Patricia le

    Plusieurs gens banalisent ce que les autres personnes entourant la victime vivent malheureusement. J’ai trouvé ton texte très touchant! Bravo!

  • M-France le

    Je pleure tellement caché dans mon coin â voir mon homme pris avec cette maladie.
    Ton texte me touche profondément car je le vie présentement.
    C’est lui qui est malade mais le voir diminué à cause des traitements me fait tellement mal très mal…
    la peur me tord les entrailles,j’ai mal au ventre tellement j’ai peur de le perdre mais je ne peux pas lui dire ,faut que je sois forte MAIS JE NE SUIS PAS FORTE je ne peux même pas en parler sinon je pleure sans pouvoir m’arrêter.
    Je le regarde assis à côté de moi pendant que j’écris mon texte ,frêle,amaigri,vulnérable,et pu de cheveux.J’ai juste le goût de criée,je veux retrouver nos vies,nos vies car on en a plus,tout tourne autour de cette maudite maladie.Je ne suis pas capable moi non plus de dire le mot….c’est pire que vole de mort.
    Demain sera l’avant dernier traitement de chimiothérapie .
    Je souhaite de tout mon cœur ❤️ qu’à Noël nos vies nous seront rendues.

  • Isabelle le

    Wow ! C’est venu me chercher!❤️



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