Pas avant le premier café

Andrée-Anne Chassé Vie de maman

 

Crédit : Pexels

Moi, dans la vie, je n’suis pas une fille du matin. Non seulement mon sommeil récupérateur se situe entre 6h et 9h (je ne récupère donc plus depuis 2008 ; année de naissance de mon fils), mais j'ai tendance à avoir besoin d'une bulle à moi seule  (concept qui relève maintenant plus du rêve que de la réalité) lorsque j’ouvre les yeux le matin.

Laisse-moi te décrire un matin typique à la maison et peut-être comprendras-tu pourquoi je souhaiterais,  chaque matin, pouvoir lever le drapeau blanc et cesser toutes hostilités … du moins jusqu'à mon premier café.

 

Le cadran sonne (déjà là, ça part mal). Comme tous les matins se ressemblent, je ne réussis pas à faire lever mon fils avant le quinzième avertissement (les avertissements commencent après les mots doux et les minouches) parce que lui, me faire fâcher le matin, ça l’amuse. En se levant (enfin!) de son lit, il fait exprès pour se jeter au sol et libère un cri de fausse douleur. Ma fille, insultée de se faire réveiller, se met à pleurer … fort. Ça lui prend une suce. En accourant vers sa chambre, j'oublie que j’avais placé la poubelle devant la porte dans un élan de turbo productivité en me disant que j’allais la descendre et la vider avant le dodo la veille. Bien entendu, j'ai oublié. Je trébuche solide et suis accueillie par la porte de chambre de Rose, qui me rappelle à quel point j’aime ces doux réveils. Je respire. J’entre dans la chambre et bien évidemment, l’odeur est si accueillante que mes yeux saignent. Je dis de ma voix la plus douce : « bon matin ma chérie! ». Et elle de répondre : « CA-CA! » (Like I didn’t know). Là, tout de suite, y’a une voix intérieure qui me dit de me mettre en position fœtale et de faire le mort. Mais non, une maman, ça félicite son bambin quand il remplit sa couche de brun et l’exprime!

 

On finit par descendre à la cuisine pour déjeuner. J’installe la marmaille et m’occupe des besoins matinaux du canin. Ce dernier, une fois allégé, revient dans la maison, s’empresse de voler les déjeuners des enfants et part à la course avec son butin. Je refais un festin improvisé en urgence parce que mon fils a appuyé sur son bouton panique. Il m’informe qu’il a oublié de me faire signer ses 28 feuilles d’exercices, que je dois lire et commenter. L’autobus arrive dans 7 minutes. Le lunch n'est pas prêt. Petite dernière, Rose, qui a un sens du momentum absolument renversant, me regarde et me crie à nouveau « CA-CA »! C’est à ce moment que je cherche la caméra cachée. En quoi scinder cette étape cruciale de la journée est une bonne idée? Peut-être a-t-elle remarqué que le chien a lui aussi cette technique et qu’il reçoit une surprise à toutes les fois!?

 

Mon grand Edouard fait le bacon dans la salle d’eau parce qu'il ne trouve pas son Fidget Spinner (si ton enfant va à l'école, tu sais à quel jouet je fais allusion). Alors que je suis accroupie par terre à chercher cette fichue invention du démon, Rose me lance son espadrille au visage (une semelle de Stan Smith, c’est sérieusement pas doux). Une fois les dents brossées, le chandail changé trois fois parce que salit, le lunch prêt et un gentil mot de mon fils (sur un ton à te faire bouillir le sang) me disant que seules les mauvaises mères laissent partir leur enfant à l'école sans leur  jouet (à noter qu’il a 9 ans, pas 5), je le fous à la porte et verrouille (non, cette version là, c’est juste dans ma tête!). Je l’embrasse, lui souhaite une belle journée et lui dis que je l’aime avec le peu de patience qu’il me reste.

 

Bon, il n’en reste plus qu’un (enfant) à préparer. Rose, dans une phase du « non » sévère, refuse de s’habiller, de brosser ses dents, de se coiffer, … je fais donc le tout contre son gré et ça prend des airs de combat de boxe. Après quelques coups de pieds, avoir enlevé ses vêtements quatre fois plutôt qu’une, avoir passé la brosse dans ses cheveux fraîchement attachés et m’avoir craché sa broue de pâte à dents au visage, je l’attache dans son siège d'auto. Je prends quelques secondes et m’assieds sur le perron histoire de ravaler les quelques larmes qui auraient le goût de se montrer. J’entre chercher mes clés et je me vois dans le miroir. Ce matin, il n’est clairement pas mon allié. J’ai à peu près la même face que Nounou McPhee, sauf qu’à la place du gigantesque bouton qu'elle a au visage, j’ai une éclaboussure de yogourt grec. Ça a la même texture que mes cheveux, que je n’ai pas lavés depuis quatre jours. J’entre dans la voiture, me retourne vers ma poulette et constate qu’elle a enlevé  ses souliers, ses bas, son chapeau et ses lulus.

 

Respire, Maman, Respire.

 

Dire que demain, ce sera tout à recommencer. Moi, Le jour de la marmotte pis Apocalypse now, ça ne m’a jamais fait tripper… du moins, pas avant le premier café!


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  • Catherine le

    OMG… ça me rappelle tant de souvenirs! Passer la matinée à courir, beurk.
    Hé non, je ne suis pas du tout une fille du matin chères Watson!
    Là je les laisse s’arranger tous seuls, ils se font à déjeuner, font leurs lits et – heureusement à 13 et 14 ans! – s’habillent seuls.
    Mon plus jeune (7 ans), il peut bien mettre ce qu’il veut, il aime son linge le plus laid de sa garde-robe!
    Il faut savoir quand lâcher prise.
    Maintenant, quand je me lève, je bois lentement mon délicieux café pendant que mon garçon se promène en coton ouaté à 32 degrés Celcius!

  • Maryse Villemure le

    Allo Andree-Anne .Ton texte m’à rappelé pas mal de souvenirs. Oh que oui ! Ton texte m’à aussi emmené un sourire …j’imaginais la scène. Oui il faut respirer tu as bien raison.Il faut surtout savoir se garder des moments à soi comme des cadeaux bien précieux et vivre le moment present.Le temps va si vite. Bonne journée xxx


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