Quand on veut on peut. Ou pas.

Kim Vincent Vie de maman

Crédit : Pixabay

 

Hier soir, je donnais à ma fille son biberon d’avant-dodo.  Ce moment là, je l’aime tellement. J’en profite pour repenser à ma journée, à notre journée. Mes réflexions sont souvent interrompues par des petites jasettes ici et là, ainsi que par des rires-beaucoup-trop-mignons! 

 

Il n’y a pas un soir où je ne repense pas à nos tous débuts. À ces durs moments où je l’allaitais.  Lorsque j’étais enceinte, j’ai ÉNORMÉMENT réfléchis à ça. À l’allaitement.  À la question « Veux-tu allaiter? » J’étais incapable d’y répondre … Jusqu’à 38 semaines et demi, la veille de mon accouchement. Contrairement à plusieurs, je n’arrivais pas à y voir uniquement des « pour ».  Mon petit côté cheap trouvait que ce serait une excellente façon d’économiser, mais sans plus.  Je pensais surtout à tous les aspects moins le fun… Je pensais aux fameuses 6 semaines que ça prend pour instaurer la patente.  Je pensais aux gerçures, aux crevasses, aux mastites, à la douleur provoquée par le bébé qui tète mal.  Je pensais à mes nuits, à ma fatigue, au répit que je n’aurais pas.  Je pensais aussi (et surtout) à ma pudeur, à mon intimité, à mon corps.  Mon corps, que j’avais dont hâte de me réapproprier! Bref, je pensais à MOI.  Parce que oui, j’ai un petit côté gratte-sous, mais j’ai aussi un petit côté égoïste sur les bords. 

 

C’était d’ailleurs ma principale crainte reliée à la maternité.  Celle d’être obligée de faire passer quelqu’un d’autre en premier.  Mais le 8 décembre dernier, après ce stripping que j’ai subit par erreur de mon médecin, mes premières contractions sont apparues. Le temps que mon chum sorte les valises du garde-robe, j’étais régulière aux 5 minutes et j’ai perdu mes eaux.  Dès cet instant, le MOI est disparu, et le ELLE est apparu.  À quoi j’avais pensé dont?! C’est évident que je vais l’allaiter ma fille!

 

À l’hôpital, mon chum et moi étions le p’tit-couple-vraiment-trop-cute de l’étage! On a fait ça tellement bien! Tout allait tellement bien.  Jusqu’à ce qu’ELLE me fracture le coccyx en faisant son chemin vers la sortie!  La petite coquine, elle a dû se perdre en route, car après 3 heures interminables de « encore, encor,e encore… vas-y, vas-y, vas-y … », ELLE n’était toujours pas dans mes bras.  C’est là que le MOI est réapparu. J’en pouvais juste plus.  La gentille chirurgienne est venue à mon secours en me disant « Veux-tu que j’te sorte ça, ce beau bébé là? » Je n’ai pas eu le temps de répondre, mon chum a répliqué « God oui! Emmenez-la! »

 

On m’avait dit que l’intervention durerait une trentaine de minutes. C’est pourtant devenu une heure. Puis deux. Puis trois. Puis quatre.  J’entendais hémorragie, utérus mou… L’état de panique de l’équipe médicale était palpable, même si je me sentais  partir vers un autre monde… Après que j’aie repris conscience, on m’explique.  Je n’ai pas cherché à comprendre.  Je n’ai pas réalisé que j’étais si  mal en point. De retour à ma chambre, j’ai donné le sein à ma fille. Cet instant est gravé dans mon cœur pour toujours.  Je voulais.  Je voulais tellement. Mais c’était au-dessus de mes forces.  La maman que j’étais devenue n’avait pas ce pouvoir là. Quatorze jours.  Quatorze jours de douleurs, de faiblesse, de découragement, de détresse, d’acharnement, de colère… C’est le temps que ça a pris pour que le MOI revienne pour de bon. Avec tout mon courage et le support de mon chum extraordinaire, je me suis donné le droit d’en finir avec ce calvaire. 

 

J’ai pris la décision de nourrir notre fille convenablement.  Au biberon. À sa faim. Quel soulagement! Quelle joie de la voir s’empiffrer à grosses gorgées! Je la revois encore avec ses grands yeux, l’air tout surpris de recevoir autant de lait.  Encore aujourd’hui, 6 mois plus tard, il m’arrive de me sentir coupable.  Je me dis que j’aurais dû continuer, que j’ai été lâche d’abandonner… Mais quand je la vois s’endormir paisiblement dans mes bras, abandonnant sa petite bouche sur le biberon et une coulisse de lait dans le cou, je suis certaine qu’elle se dit : « Je l’aime mon biberon maman, c’est parfait. »            


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  • Anne-Josee Begin le

    JE suis très touchée par ton temoignage, moi aussi j’ai eu beaucoup de mal à allaiter même si je voulais beaucoup ! J’ai ete malade à travers toute cette aventure aussi… ca me touche beaucoup !

  • Carole le

    Tellement touchant ! Magnifique !


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